BERNARD (C.)


BERNARD (C.)
BERNARD (C.)

Quand il monte à Paris en 1834, Claude Bernard rêve de publier un drame en vers. Le sort en décidera autrement et l’influence de Magendie fera le reste. Dépassant l’empirisme de son maître, Claude Bernard est le créateur d’une méthode particulièrement féconde d’investigation des fonctions vitales.

Ses nombreuses découvertes ont enrichi nos connaissances scientifiques, mais il est avant tout l’auteur de l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale . Dans ce livre, partie d’un grand ouvrage que la maladie l’empêchera d’achever, le chercheur se double d’un maître à penser auquel on n’a certes pas fini de se référer.

Le disciple de Magendie

Né à Saint-Julien, près de Villefranche-sur-Saône, le 12 juillet 1813, Claude Bernard est issu d’une famille de vignerons. Il reçut aux collèges de Villefranche et de Thoissey une éducation plus humaniste que scientifique. Entré au service d’un pharmacien des faubourgs de Lyon, Bernard ne fut pas pour autant attiré par l’art de guérir, son intérêt se portant plutôt vers le théâtre et les belles-lettres. En 1834, il partit pour Paris où il fut tout d’abord un médiocre étudiant en médecine.

Vers la fin de ses études cliniques, il découvrit cependant auprès de Magendie, au Collège de France, sa véritable vocation: l’expérimentation physiologique. C’est de Magendie, en effet, qu’il apprit à pratiquer la vivisection animale comme principal moyen de recherche médicale et aussi à se méfier des théories et des doctrines généralement admises. Bernard saura dépasser l’empirisme et le scepticisme de son maître et créer, par sa façon de travailler d’abord et par sa réflexion ensuite, une méthode d’expérimentation particulièrement féconde.

De 1843 à 1860, une série de découvertes rendit Claude Bernard célèbre. Aussi le gouvernement fonda-t-il pour lui une chaire de physiologie générale à la faculté des sciences. En mai 1854, Bernard tint sa leçon inaugurale à la Sorbonne; en juin de la même année, il fut élu membre de l’Académie des sciences; en décembre 1855, professeur au Collège de France, et en 1861, membre de l’Académie de médecine.

Découvertes

Deux séries de recherches marquent le début de la carrière scientifique de Claude Bernard: d’une part, l’étude chimique et physiologique de la digestion, d’autre part, la section expérimentale des nerfs.

Après qu’il eut déterminé les propriétés enzymatiques de la salive et du suc gastrique et découvert le rôle du pancréas dans la digestion et l’absorption des graisses (Mémoire sur le pancréas , Paris, 1856), le grand mérite de Bernard fut d’élargir le problème de la digestion locale en celui de l’assimilation générale; il introduisit en physiologie la notion de métabolisme intermédiaire.

Ses principales découvertes en ce domaine portent sur le rôle du sucre dans l’organisme animal ou humain: constatation de la glycémie non alimentaire et théorie de la fonction glycogénique du foie (1848); «piqûre sucrée» (lésion d’une partie du système nerveux central provoquant la glycosurie, 1849); expérience du «foie lavé» (production post mortem du sucre dans le foie, 1855); découverte du glycogène (1855) et son isolement (1857); présence du sucre dans le liquide céphalorachidien (1855); fonction glycogénique du placenta (1859).

Ses principales publications à ce sujet sont: les Recherches sur une nouvelle fonction du foie considéré comme organe producteur de matière sucrée chez l’homme et les animaux (Paris, 1853), les Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine (2 vol., Paris, 1855-1856), les Leçons sur le diabète et la glycogenèse animale (Paris, 1877) et Notes, mémoires et leçons sur la glycogenèse animale (textes rassemblés par M. D. Grmek, Paris, 1965).

Les expériences de Bernard sur le système nerveux ont considérablement enrichi nos connaissances tant sur le plan des techniques que sur celui des notions générales. Il étudia la fonction du nerf spinal et le rôle gustatif du nerf facial, ainsi que l’action du sympathique sur la calorification et sur l’œil (syndrome oculo-pupillaire de Claude Bernard et Horner, 1852). La localisation des changements de température corporelle après section du sympathique l’amena à la découverte de l’action vaso-motrice du système nerveux. Il démontra l’existence des nerfs vaso-constricteurs (1852, un peu plus tard que Brown-Séquard mais indépendamment de lui) et vaso-dilatateurs (1858), puis expliqua l’importance des «circulations locales». Il élabora la notion d’«innervation réciproque» et permit d’accomplir un important progrès dans la compréhension du mécanisme de l’intégration nerveuse. Sur ces derniers travaux, il publia les Recherches expérimentales sur le grand sympathique (Paris, 1854), les Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (Paris, 1858) et les Leçons de pathologie expérimentale (Paris, 1872).

Les autres découvertes de Bernard concernent la physiologie du sang (par exemple sa fonction respiratoire), l’action de certains poisons ou médicaments (curare, oxyde de carbone, strychnine, opium, anesthésiques), les propriétés physiologiques des muscles, les fermentations, les phénomènes d’asphyxie, le problème de l’origine de la chaleur dans les tissus et la cathétérisarion intra-cardiaque. Bernard en discuta en particulier dans Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (Paris, 1857), Leçons sur les anesthésiques et sur l’asphyxie (Paris, 1875) et Leçons sur la chaleur animale (Paris, 1876).

La méthode expérimentale

Depuis 1858, Bernard travaillait à un ouvrage qui devait poser les principes de la médecine expérimentale. Il n’en publiera que la partie préliminaire (Introduction à l’étude de la médecine expérimentale , 1865) qui contient les règles de l’expérimentation dans les sciences biologiques et consacre la notion de déterminisme dans les phénomènes vitaux. La maladie d’abord (automne 1865), puis la mort (qui intervint à Paris le 10 février 1878) l’empêchèrent d’achever la partie doctrinale. Une édition posthume des notes manuscrites (Principes de médecine expérimentale , ouvrage publié par Léon Delhoume dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine, aux P.U.F., Paris, 1947) indique l’orientation de l’essai magistral de Claude Bernard.

Le grand découvreur laissait place au législateur de la science, au philosophe; le chercheur devenait maître à penser. Parmi les nouveaux concepts que l’on doit à Bernard, celui de «milieu intérieur» fit fortune dans la physiologie du XXe siècle. Énoncé clairement en 1857 et développé en particulier dans le Rapport sur les progrès et la marche de la physiologie générale en France (Paris, 1867), ce concept fut utilisé comme un support de la théorie cellulaire et comme un moyen d’expliquer pourquoi la «liberté» (au sens d’indépendance vis-à-vis du milieu externe) devient de plus en plus grande chez des organismes de plus en plus complexes. Enfin, Bernard joua un rôle certain dans l’élaboration de la notion d’homéostasie. En ce qui concerne la «sécrétion interne», si on doit à Bernard le terme (1855), on ne peut toutefois lui attribuer la paternité du concept actuel, car il n’envisageait ni l’idée de messagers chimiques, ni l’existence d’une activité endocrinienne régulatrice.

Dans la dernière partie de sa vie, de nouveaux hommages seront rendus à Bernard: professeur de physiologie générale au Muséum national d’histoire naturelle (par transfert de la chaire de la Sorbonne, en 1868), sénateur, membre de l’Académie française (1869). Ses leçons au Muséum proposent une vision synthétique des problèmes généraux de la biologie; Bernard s’y hausse au-dessus du conflit entre le matérialisme et le vitalisme étroit de ses contemporains. Ses idées sur la biologie générale sont exposées en particulier dans les Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux (Paris, 1878-1879) et dans La Science expérimentale (Paris, 1878).

L’arrière-fond de sa position philosophique est l’agnosticisme; il est redevable au positivisme, mais il s’en distancie expressément. Une grande partie de ses pensées nous sont connues d’après les éditions posthumes de ses notes: Pensées. Notes détachées (publié par L. Delhoume, 1937), Philosophie (publié par J. Chevalier, 1937), Cahier de notes 1850-1860 (publié par M. D. Grmek, 1965). Les idées de Bernard ont inspiré Zola et About.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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